Dans son enfance du Montmartre des années 1870 elle préfère les jardins et escaliers de la butte à l’école, et elle gardera à jamais son indépendance et ses rêves aussi éphémères que le vent dans les ailes des moulins.

Elle dessine dans la rue, fait de petits métiers, goûte au cirque et devient modèle dès ses 18 ans; ce sera la rencontre de peintres comme Renoir (« la natte »), Miguel Utrillo (père du futur Maurice Utrillo des années 30), et surtout Toulouse Lautrec dans les nuits tumultueuses de Montmartre, puis Degas qui restera son ami jusqu’à sa mort. Il disait d’elle « cette diable de Marie avait le génie du dessin ! ».

Mais si ses premières œuvres furent des dessins, des fusains et sanguines, c’est la peinture qui deviendra sa priorité grâce à Paul Mousin son mari qui l’installe à la campagne près de Paris. Elle se tourne vers les natures mortes (« fleurs ») à la Cézanne et les « nus en plein air » à la Manet ou « après le bain » à la Picasso.. Mais son fils est alcoolique, son mari s’éloigne, et elle glisse dans la dépression.

La dernière des 3 rencontres décisives de sa vie est André Utter qui va redonner du sens à sa route. Le dynamisme de ce jeune amant de 20 ans plus jeune la ramène à Montmartre où sa peinture va connaître des mouvements joyeux et sensuels à la Courbet (« quatre femmes nues et un homme ») dans un art puissant, viril avec des traits fermes, des touches larges et hardies.

Avec ses « nus masculins » dans un paysage de montagnes et rivières, elle est la seule femme à avoir peint des nus masculins.

Pendant la guerre de 14 où des êtres qui lui sont chers disparaissent, elle met sa mélancolie dans des natures mortes comme Utrillo ou Matisse (« fleurs et fruits »). Après la guerre elle revient dans la peinture des nus très sensuels à la Gauguin (« mulâtresse nue avec la pomme ») ou Courbet (« les baigneuses »), et aux portraits aux compositions gris-bleus (« Germaine »).

Dans les années trente « le trio infernal » est le sujet du tout Montmartre : Utrillo alcoolique en crise, Utter volage et dépensier, Suzanne dans de violentes crises de jalousie. Seule avec son fils, elle termine sa vie en peignant des natures mortes plus sobres, plus ordonnées, plus sereines (« faucon et lièvre ») et abandonnée, elle fait des autoportraits sans concession, avant de s’éteindre en 1938.

 

Entre les ailes des moulins, un de la butte a murmuré « qu’elle fut une résignation mélancolique d’une rare noblesse ».

 

Hélène Mercadier

WM Saint Orens