Depuis des siècles, les gestes du relieur sont, à peu de choses près, toujours les mêmes.

Désosser le livre, réparer les feuillets, choisir les gardes, grecquer, coudre les cahiers, endosser, coller la tranchefile, poser les plats, … autant de termes techniques qui résument les étapes de la reliure traditionnelle. Car cet art utilise un vocabulaire spécifique qui peut le faire apparaître, aux yeux des débutants, comme difficile, pire, ardu. Mais nul n’est besoin d’être diplômé d’une école prestigieuse pour métamorphoser un livre qui tient à cœur en un véritable objet d’art. Il suffit d’être soigneux et patient. Tout se fait à la main suivant un processus lent, dû notamment au temps de séchage et de mise sous presse. Le mot « artisanat » prend ici tout son sens.

A une époque où on jette si facilement, où les bacs de tri débordent de papier, quelle satisfaction de sauver un livre du recyclage – celui que vous avez tant aimé quand vous étiez enfant, cet exemplaire des « fables de la Fontaine » que vous tenez de vos grands-parents et aimeriez, à votre tour, transmettre à vos petits enfants s’il n’était si abîmé – quelle satisfaction de le faire revivre, recouvert totalement ou partiellement de cuir, si agréable à toucher, à manipuler, à regarder… et à lire.

Dans « le geste et la parole des métiers d’art » Jacqueline de Romily écrit : « Dans ma bibliothèque, la série des textes grecs s’en va en morceaux, les pages retenues par des élastiques. Seuls subsistent tout fiers ceux qui avaient été reliés résistant à tout mon labeur. Quiconque aime les livres aime les voir ainsi bien habillés, comme parés pour entrer dans la durée. »